Voter ou réinventer : les élections 2027 face à l’histoire.

Quel lien y a-t-il entre les élections présidentielles 2027, la lave d’un volcan à Hawaï et les peuples racines ? Honnêtement, je n’en savais rien avant d’écrire cet article, mais ça vaut le coup de se poser la question.

« Je serai le président de tous les Français »…

Pourquoi attendre les élections présidentielles pour espérer que les choses changent ? Nous savons déjà que nous serons déçus.

Nous fétichisons la fonction présidentielle à l’extrême au point de tout espérer d’elle. Quand ça va mal, c’est la faute du Président de la République.

Rappelons quelques chiffres :

Au 2e tour de l’élection présidentielle de 2022, Emmanuel Macron a obtenu 58,55 % des voix, soit 38,52 % des 48,7 millions de personnes inscrites.

M. Macron a donc été élu sur le vote de 18,8 millions de Françaises et de Français.

Nous sommes un peu plus de 66 millions en France, métropole et outre-mer. Ça n’a pas beaucoup évolué depuis 2022.

Prenez un groupe de 4 personnes : dans la rue, chez vous, au boulot. Statistiquement, il y en a 1 sur 4 qui n’a pas voté pour son président actuel.

(Oui, je compte les moins de 18 ans : les mineurs, et toute autre personne qui ne peut pas voter, vivent aussi selon les mêmes lois et sont même davantage concernés par leurs conséquences sur l’avenir.)

Et le débat s’est tellement polarisé depuis qu’il y aura sûrement bien davantage de mécontents après les élections de 2027.

Aucun candidat, ni aucune candidate, n’a de discours rassembleur du type : « On n’est pas d’accord, mais on va trouver des solutions pour vivre ensemble ».

C’est plutôt : « Si vous n’êtes pas d’accord avec moi, alors vous êtes les ennemis de la République ».

Pas sûr qu’au lendemain de l’élection on entende le fameux « Rassurez-vous, je sais combien n’ont pas voté pour moi, mais je serai le/la président·e de tous les Français ».

Sur l’écologie, l’agriculture, l’immigration, la sécurité, la retraite, le chômage… pour exister médiatiquement il faut trancher, opposer, clasher.

Et les gens finissent par se dire que c’est comme ça qu’il faut penser.

Que ce qui est différent de moi, dans les idées ou dans l’apparence, dans la classe sociale de naissance ou dans le parcours de vie, est forcément un danger pour moi.

Pas vrai Donald ?

Alors que faire ? 

Comment réapprendre à vivre ensemble ?

Est-ce que la lave, ça lave ?

Je rêve depuis plusieurs années d’une initiative populaire, un espace d’expérimentation sociale et politique, où l’on réapprenne à vivre ensemble.

Où nos différences sont des richesses.

Où l’on se parle avant de décider de comment on utilise notre eau ou comment on produit notre nourriture.

Où l’on cherche le consentement et non la majorité.

Où les enfants apprennent aux adultes l’émerveillement et l’ancrage dans le temps présent.

Où tout le monde apprend la communication non violente, l’écoute active et le respect.

Où le Vivant et le lien reviennent au cœur de nos vies, plutôt que l’argent.

Cet espace s’appellerait kīpuka.

Kīpuka est un îlot de végétation épargné par une coulée de lave en hawaïen. C’est de là que repart la vie après la douloureuse brûlure crachée par le volcan.

Si, ou puisque, le monde s’effondre en furie, le chaos gagne nos sociétés, la chaleur de toute cette entropie s’écoule autour de nous, alors les kīpuka seraient des refuges de bien-être et de bien-vivre.

Pour tout le Vivant.

Poussons même le concept un peu plus loin : si la lave détruit dans sa course en fusion, elle est toutefois un terreau fertile, une fois refroidie, pour favoriser la repousse, le renouveau.
Elle remonte en effet de nombreux minéraux des couches terrestres qu’elle a traversées avant d’être expulsée du cratère.
C’est pourquoi de nombreux systèmes vivants complexes, humains ou non, ont prospéré sur des îles volcaniques pourtant éloignées de toute route commerciale.

Vous ai-je déjà parlé de Rapa Nui par exemple ?

Dès lors, cet effondrement qui vient, malgré les nombreuses victimes et les laissés pour compte, peut aussi être considéré comme l’opportunité de nouveaux départs, localement, à petite échelle.
En particulier pour les victimes et les laissés pour compte.

La vie reprend à différents endroits sur la lave refroidie.

C’est plus compliqué de changer un système de l’intérieur (entrisme) que de reconstruire à partir de zéro à côté (sortisme).
Socialter avait fait un très bon dossier sur le sujet il y a plusieurs années.

D’autres ont chanté « Du passé, faisons table rase… » Ça rejoint l’idée.

Le renouveau, c’est pas nouveau !

Rebâtir n’est pas chose aisée. Surtout quand il s’agit de quitter l’existant.
Avant de reconstruire, il faut se déconstruire. Désapprendre, même.

Il y a tout un tas de ressources et de littérature sur les étapes nécessaires et préalables au changement social, ce n’est pas l’objet de cet article mais allez y faire un tour à l’occasion !

Ça peut donc rassurer de se dire que d’autres l’ont déjà fait avant nous, et que ça valait vraiment le coup.

Dans leur essai, que je ne saurai que recommander une fois de plus, David Greaber et David Wengrow nous révèlent, preuves archéologiques et anthropologiques à l’appui, que des sociétés nord-américaines ont rejeté des modèles d’États centralisés, coercitifs, hiérarchisés, bref proches de ce que nous connaissons aujourd’hui dans notre civilisation occidentale.

Au milieu du XIVe siècle, des individus seraient partis d’une grande ville bâtie de plus de 40 000 âmes dans les plaines alluviales du Mississipi baptisée Cahokia, pour aller vivre selon des modes plus égalitaires.

Ce sont ces « tribus » que les colons européens ont trouvé dans les grandes plaines en débarquant des siècles plus tard.
De là a découlé une vision réductrice et primitive de ces populations qui a justifié leur extermination.

C’est cette vision que les auteurs contestent.
Je vous laisse savourer cet extrait de la page 368 :

« Pourquoi nous obstinons-nous à penser que ceux qui ont trouvé le moyen de s’autogouverner et de subvenir à leurs besoins sans construire de temples, de palais ni de fortification militaire, c’est-à-dire sans faire étalage d’arrogance, d’humiliation et de cruauté, forment nécessairement des populations moins « complexes » que ceux qui n’ont pas su le faire ? »

La téléologie, ça vous parle ?

– La télé au logis ? On l’a depuis longtemps !
– Ah non, téléologie, pardon.
Non, ce n’est pas l’étude des programmes télé – ouf, ce serait bien trop abrutissant.


C’est l’étude de la finalité des choses.
C’est donc aussi l’idée que tout ce qui est arrivé devait arriver, pour nous mener à la situation actuelle.

Par conséquent, cela conforte un système ou un modèle dans son complexe de supériorité.

La raison pour laquelle [ces modèles occidentaux] résistent envers et contre tout est que concevoir une histoire qui ne soit pas téléologique – c’est-à-dire organiser des événements du passé sans postuler l’inéluctabilité de la situation présente – semble être hors de notre portée. (p.570)

La lecture de cette « autre histoire de l’humanité » (c’est le sous-titre du livre) nous montre au contraire que l’histoire n’est pas linéaire et que, non, la démocratie moderne n’est pas le moins pire des systèmes.

(…) les auteurs grecs anciens avaient parfaitement compris que l’élection avait une fâcheuse tendance à propulser au sommet des leaders charismatiques aux penchants dictatoriaux. C’est pourquoi ils la tenaient pour un mode de désignation aristocratique, contraire aux principes de la démocratie. Pendant l’essentiel de l’histoire européenne, c’est le tirage au sort qui fut regardé comme le vrai système démocratique de nomination des responsables. (p.451)

Ça c’est pour la démocratie.

Maintenant pour les alternatives : quels autres évolutions l’humanité a-t-elle suivi, qui prouverait que tout ne devait pas nécessairement aboutir à la situation actuelle ?

Les peuples racines à la rescousse

Graeber et Wengrow considèrent l’Afrique et l’Eurasie comme un système unique et interconnecté à partir de 800 av. J.-C. (avec pour preuves l’apparition concomitante de la monnaie matérielle puis intangible, des écoles de philosophie, des grandes religions, de Zoroastre vers -800 à l’avènement de l’Islam v. 600 ap. J.-C.).

Ainsi, il n’existerait qu’une seule exception au développement des sociétés influencé par leurs voisines : les Amériques.

En aucune façon on ne peut dire que ces deux continents faisaient partie du même système mondial [que l’Eurasie, l’Océanie et l’Afrique]. Était-il inévitable que la monarchie s’impose comme la forme de gouvernement prédominante à l’échelle de la planète ? La culture des céréales est-elle réellement un piège, et est-il juste de dire que, une fois suffisamment répandue, ce n’est qu’une question de temps avant qu’un seigneur ambitieux prenne le contrôle des greniers à grains et instaure un régime de pression appuyé sur un système bureaucratique ? Est-ce une fatalité que d’autres suivent son exemple ? L’histoire de l’Amérique précolombienne oppose à toutes ces questions un retentissant : « Non ! » (p.573)

Pendant mon voyage auprès des peuples racines, j’ai pu apprécier cette défiance vis-à-vis du système et cette volonté ancestrale de trouver des alternatives.

Les Mapuches, les Mayas, les Athabascans… Parmi toutes ces populations descendant des Américaines et des Américains d’avant l’invasion européenne j’ai rencontré des gens qui expérimentent autre chose, sortent des échanges marchands et des relations de domination (à soi, aux autres et au non-humains), marchent vers l’autodétermination et inspirent l’Occident dans leur sillage.

Réunion de la communauté maya de Chunhuhub pour décider de son ouverture à l’écotourisme.

Je veux m’inspirer de la sagesse ancestrale de ces peuples qui nous crient qu’une autre voie est possible.

Alors, qui pour une kīpuka ?

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